Après le green washing, cher aux Lords du corporate, voici venu le petit nouveau digital washing. J'en revendique le copyright et tout le tintouin. Je n'accepterai de le partager qu'avec mon ami Jegoun.
Ceux-là qui tenteront de nous le piquer peuvent d'ores et déjà se préparer à une cinglante déconvenue !
Il est toujours important mais difficile d'évaluer un plan de transformation numérique. Ce n'est pas aisé quand on n'est pas du métier mais certains signes parfois ne trompent pas.
Une transformation numérique se caractérise par :
=> une nouvelle relation aux usagers ou aux clients basée sur de l'ergonomie, de la fluidité et de la nativité digitale, mais aussi du design,
=> une prise de conscience que les processus doivent être revus sur la base des apports multiples des récentes technologies,
=> de l'agilité, hyper rapide avec la capacité donnée à tout le monde de développer. Tous les membres d'une organisation peuvent développer, mais aussi les clients.
=> de la scalabilité par le cloud, pour éviter les limites des hébergements traditionnels et aller également vite,
=> une veille technologique très pointue et le test immédiat des nouvelles technos du moment,
=> des collaborations rapides avec des start ups,
=> des processus collaboratifs internes et externes montrant un esprit coopératif répandu,
=> une autre prise de conscience que des plateformes peuvent apparaître et vous tuer en quelques clicks.
On peut développer cette liste facilement.
En revanche, une machine à laver numérique, elle, peut se détecter aux signes suivants.
=> une importance donnée à la communication sans réel plan d'actions,
=> la mise en place d'un intranet,
=> l'utilisation d'une DSI pour faire du projet numérique, un projet informatique,
=> l'utilisation de technologies dont on parlait dans le rétroviseur, il y a quelques années,
=> aucun souci réel de l'expérience client,
=> un partenariat avec une agence web comme preuve d'un plan d'actions,
=> une wifi qui ne fonctionne pas.
Et il y en a d'autres encore !
A vous de juger !
Technologies, interrogations, futurs possibles, transformations diverses et variées, constatations des dégâts numériques, précis de stratégie
Affichage des articles dont le libellé est disruption. Afficher tous les articles
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mardi 3 mars 2015
lundi 2 février 2015
La déconnexion des Elites cc @jegoun
Sur le sujet qui n'a occupé tout le week end que nous, il faut absolument lire ce livre.
Je suis en plein dans sa lecture et pour le moment, je suis plutôt d'accord.
Par exemple, on peut y lire des citations fort justes comme "l'absence de compétences numériques est une nouvelle forme d'illettrisme" ou "Quand on maîtrise la technologie, on est plus puissant..... cela est vrai depuis la maîtrise du feu".
Juste une première réflexion, je ne limiterai pas ce phénomène qu'à internet. Il n'y a pas que l'Open Web Platform (OWP au sens W3C) qui soit diruptive mais l'ensemble des technologies qui sont issues des progrès de la loi de Gordon Moore. Donc les plateformes d'apps, les bases no SQL, les nouveaux outils de dév (Python, ROR), les Hadoop et consors, les nouveaux hardwares.
Pas seulement http, html, css, xml et consors...
Mais cela ne change rien à l'analyse.
Je suis en plein dans sa lecture et pour le moment, je suis plutôt d'accord.
Par exemple, on peut y lire des citations fort justes comme "l'absence de compétences numériques est une nouvelle forme d'illettrisme" ou "Quand on maîtrise la technologie, on est plus puissant..... cela est vrai depuis la maîtrise du feu".
Juste une première réflexion, je ne limiterai pas ce phénomène qu'à internet. Il n'y a pas que l'Open Web Platform (OWP au sens W3C) qui soit diruptive mais l'ensemble des technologies qui sont issues des progrès de la loi de Gordon Moore. Donc les plateformes d'apps, les bases no SQL, les nouveaux outils de dév (Python, ROR), les Hadoop et consors, les nouveaux hardwares.
Pas seulement http, html, css, xml et consors...
Mais cela ne change rien à l'analyse.
dimanche 1 février 2015
Reste calme, le déluge numérique arrive
@Jegoun a glissé sur le terrain institutionnel alors que l'origine des débats était sur la société. C'est un peu normal, c'est un blogueur politique, qui plus est, de gouvernement.
Ce débat intéresse peu de monde, nous étions deux à en parler. Pourtant, des livres en parlent, notamment celui-ci, tout récemment paru et qui est sur ma table de chevet.
Sur l'aspect institutionnel, j'évacue le débat rapidement en confirmant l'intérêt d'un CNN, forme de Conseil d'Etat du Numérique. Pour une fois qu'un dispositif passe la transition démocratique, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Le gouvernement peut ainsi poser des questions ou écouter des suggestions. D'autre part, il faut un grand ministère du numérique de premier niveau avec plus de moyens comme un lien hiérarchique sur toutes les DSI, une agence technologique comme d'ailleurs c'est fait en Corée du Sud. Il faut aussi réformer les programmes de subventions en arrêtant de subventionner des expérimentations sans fin et en s'orientant enfin vers de l'aide aux écosystèmes sur des produits finis. C'est fondamental.
Il n'en reste pas moins que la France collectivement décroche, peut-être parce que ses élites décrochent ou aussi peut-être parce que l'on reste accroché à nos vieux réflexes. @Jegoun a raison d'alerter !
Internet et le web sont partout, pour les machines à café, pour les tickets restaurants comme pour les djihadistes. Elle a raison, Axelle Lemaire, il faut se réveiller. Il n'y pas qu'internet qui soit partout, il y a aussi les plateformes d'apps autour d'iOS et Androïd. Les 3 plateformes sont incontournables. Il faut peut être aussi en constituer une quatrième pour ne pas dépendre d'autres. Il faut favoriser l'émergence rapide de Clouds Européens aussi.
Maintenant il faut clairement orienter tous nos secteurs économiques vers des innovations de services et de produits ou de process basées sur des technologies numériques dans une optique de rapidité.
Il est temps d'accepter la Loi de Moore qui a été inventée et constatée depuis longtemps déjà. Il suffit de regarder l'évolution numérique du visage de Lara Croft pour le constater. Ce n'est qu'un corollaire !
Il faut aussi accepter cette réalité et définitivement et arrêter de confier des missions numériques à des consultants informatiques, même bien recrutés. C'est ce qu'on appelle le NEW IT : rapidité, agilité, sclabilité, cloudabilité et on fonce en prenant le lead sur business par la vitesse. La solution est simple et en même temps très compliquée. Vu d'où l'on part, la conduite du changement est significative.
Ce débat intéresse peu de monde, nous étions deux à en parler. Pourtant, des livres en parlent, notamment celui-ci, tout récemment paru et qui est sur ma table de chevet.
Sur l'aspect institutionnel, j'évacue le débat rapidement en confirmant l'intérêt d'un CNN, forme de Conseil d'Etat du Numérique. Pour une fois qu'un dispositif passe la transition démocratique, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Le gouvernement peut ainsi poser des questions ou écouter des suggestions. D'autre part, il faut un grand ministère du numérique de premier niveau avec plus de moyens comme un lien hiérarchique sur toutes les DSI, une agence technologique comme d'ailleurs c'est fait en Corée du Sud. Il faut aussi réformer les programmes de subventions en arrêtant de subventionner des expérimentations sans fin et en s'orientant enfin vers de l'aide aux écosystèmes sur des produits finis. C'est fondamental.
Il n'en reste pas moins que la France collectivement décroche, peut-être parce que ses élites décrochent ou aussi peut-être parce que l'on reste accroché à nos vieux réflexes. @Jegoun a raison d'alerter !
Internet et le web sont partout, pour les machines à café, pour les tickets restaurants comme pour les djihadistes. Elle a raison, Axelle Lemaire, il faut se réveiller. Il n'y pas qu'internet qui soit partout, il y a aussi les plateformes d'apps autour d'iOS et Androïd. Les 3 plateformes sont incontournables. Il faut peut être aussi en constituer une quatrième pour ne pas dépendre d'autres. Il faut favoriser l'émergence rapide de Clouds Européens aussi.
Maintenant il faut clairement orienter tous nos secteurs économiques vers des innovations de services et de produits ou de process basées sur des technologies numériques dans une optique de rapidité.
Il est temps d'accepter la Loi de Moore qui a été inventée et constatée depuis longtemps déjà. Il suffit de regarder l'évolution numérique du visage de Lara Croft pour le constater. Ce n'est qu'un corollaire !
Il faut aussi accepter cette réalité et définitivement et arrêter de confier des missions numériques à des consultants informatiques, même bien recrutés. C'est ce qu'on appelle le NEW IT : rapidité, agilité, sclabilité, cloudabilité et on fonce en prenant le lead sur business par la vitesse. La solution est simple et en même temps très compliquée. Vu d'où l'on part, la conduite du changement est significative.
mardi 30 décembre 2014
Y-a-t-il réellement une disruption du consulting ? Attention gros Post cc @Jegoun
Attaqué sur mon flanc gauche, la blogroll pendante, je suis bien obligé à m'attaquer au sujet trendy du moment pour renflouer de contenu ce désertique blog en cette fin d'année 2014.
Ils lancent si bien le débat qu'il faut tout d'abord bien écouter cette conférence brillante.
Il est aussi nécessaire de s'imprégner de ce storify fort documenté !
Je me suis fait comme d'habitude piéger en achetant deux des livres cités en espérant trouver le temps à leur nécessaire lecture.
Merci à leurs auteurs et conférenciers !
Rentrons maintenant dans l'analyse du propos.
La thèse est ici grosso modo qu'à l'instar de nombreux autres secteurs dont celui en premier lieu des produits culturels et des médias, mais aussi du luxe, du tourisme et bien d'autres encore, le métier de consultant serait aussi en phase de disruption en quelque sorte de crise de tranformation due en partie aux progrès des technologies numériques.
En d'autres termes, si l'intelligence et l'information tendent à devenir une commodité - d'une part, car il y a de plus en plus de gens éduqués sur terre et d'autre part parce que nous avons Google - il existe une profession qui pense encore que ces deux ressources fondamentales sont rares : les consultants ! Autrefois, voie royale de l'ascension sociale, elle est aujourd'hui cible de toutes les moqueries : qui n'a jamais ri à une blague sur le consultant et ses PowerPoint ? De nombreuses startups attaquent cette opportunité de marché en réduisant le prix du consulting, en transformant ses modes de distribution, en spécialisant et en supprimant les intermédiaires, le consulting est à l'aube d'une transformation majeure dont on voit les prémices en Europe.
Les arguments où il y forcément consensus sont ceux habituels :
=> des progrès exponentiels de la loi de Gordon Moore qui met sous tension tellement de métiers aujourd'hui,
=> des évolutions réglementaires successives qui ont provoqué les transformations violentes et rapides de ces métiers,
=> du fait que les blagues sur les consultants sont toujours aussi poilantes ("Le jeu est le moyen le plus rapide pour se ruiner, les consultants c'est le moyen le plus sûr") comme celles sur les joueurs d'échecs ("Un journaliste interviewe Boris Spassky, fraîchement marié: -Vous préférez avoir une dame de plus sur l'échiquier ou au lit? -Ca dépend de la position...")
On pourrait dire que cette analyse est reproductible à l'infini pour nombre de métiers. Quitte à titiller son éléphantesque éminence, avec une référence échiquéenne encore agaçante, la messe était franchement dite depuis 1997.
Quand Deep Blue, programme conçu par IBM, vainquit Garry Kasparov en 1997, The Economist titra, prémonitoire : "Si votre métier ressemble à celui de joueur d'échecs, changez de métier !"
Le numérique est en train d'automatiser une nouvelle catégorie de tâches jusque-là épargnées: les activités impliquant une capacité à raisonner, à enchaîner une série d'actions logiques. Les formations modernes doivent se concentrer sur la part irréductiblement humaine des métiers.
A ce titre, on peut aussi déjà annoncer l'arrivée des barbares sur de nombreux métiers : les designers, les monteurs, les architectes, les médeçins......L'exercice est en fait assez facile car dû finalement à la grande tendance de l'automation qui va dégommer tellement de jobs.
Mais il y a aussi d'autre tendances qui ont joué et jouent encore sur le consulting et des aspects complémentaires qui pourraient donner un autre visage ou une autre prémonition aux phénomènes en cours.
Le premier est celui de la concentration massive de l'industrie du logiciel qui est devenue si peu créative. Le nombre de solutions progicielles à un domaine se réduit à peau de chagrin. Quand on compare les années 80, 90 à maintenant, c'est affolant. Tout se réduit à deux ou trois solutions possibles pour de nombreux domaines fonctionnels comme SAP, ORACLE, MICROSOFT ou INFOR ou ADOBE et point à la ligne. Le logiciel propriétaire, autre que tout le camp open, se réduit à des situations quasi monopolistiques ou oligopolistiques pour tellement de domaines. En fait, les grands prédateurs que sont ces sociétés de softwares rachètent vite des solutions pour les concentrer et les unifier. Le domaine le plus emblématique de cette tendance est la comptabilité. En dehors de SAP et d'ORACLE, point de salut.
Ceci a une conséquence sur une uniformisation des processus et une technicisation accrue de ces domaines autour des solutions en question. Les projets ERP ont été ainsi les vaches à lait des grandes années du consulting des années 90 et 2000 ! Quelle gabegie ! Tous les grands groupes, faute d'alternatives, se sont mis à implémenter ces solutions à l'aide d'équipes pléthoriques de consultants intégrateurs. L'industrie du logiciel professionnel a été en quelque sorte une grande alliée des sociétés de conseils. Cette tendance joue toujours en faveur du consulting traditionnel mais reste maintenant plus limitée car le bac à sables des implémentations s'est avec le temps appauvri. Il n'en reste pas moins qu'être un consultant SAP peut être maintenant un métier à vie et est un des rares jobs sur terre où l'on peut envisager l'avenir avec sérénité.
L'autre tendance lourde qui joue aussi est celle des principes de précaution et de l'aversion au risque. Son institutionnalisation dans la Constitution mais aussi son implémentation comme un principe de gouvernance et de comptabilisation ont créé un besoin d'expertise démoniaque. Ceci va de pair d'ailleurs aussi avec la surnormalisation de la société.
C'est pour cela en partie que nous avons besoin de tant d'experts aujourd'hui. Ainsi, à mon sens, mêmes les plateformes comme Clarity bénéficient de cette tendance de besoin d'avis d'experts. Le phénomène est tellement significatif qu'il oblige à tous à se présenter comme expert de plein de trucs ou d'éviter de se présenter comme expert de peur de ne plus pouvoir devenir cadre dirigeant.
Le phénomène s'amplifie car toutes les boites veulent des avis d'experts sur toutes les décisions pour se couvrir et éviter les risques d'erreurs. Une société veut installer un nouveau service logiciel comme Inbox, si facile et si pratique à mettre en place, et PAM, il leur faut un avis d'expert.
Mais ce développement de l'expertise à tout va n'est-il pas finalement un phénomène un peu ridicule ? L'exemple récent le plus frappant est le prix du pétrole.
Aucun expert du monde n'a prévu cette chute du prix du pétrole et tous les experts ont prédit le contraire. Quelle rigolade quand on y pense ! Peut-on même être encore un expert de quelque chose tellement tout devient compliqué ?
On est entouré d'experts qui se trompent tout le temps.
La troisième tendance, proche de la première, est l'abrutisation du consulting et du cadre en général du fait de la powerpointisation de la pensée corporate. Pas la peine de développer, c'est déjà dans de nombreuses littératures. Une seule solution : développer les alternatives.
Mais tout ceci fait-il une disruption ?
Je pense plutôt que ce secteur va de nouveau connaître une adaptation rapide dans la douleur de ses méthodes et de ses services. Les moyens d'adaptation de ces cohortes de consultants pourraient être ainsi :
=> de faire appel à des expertises internes et externes et d'être capables de faire travailler des ressources plus seniors en collaboration avec leur staff internes. Donc plus d'appel à sous-traitances, plus de coopération et plus de diversifications des profils.
=> d'intégrer de nouveaux services de digital marketing, web SEO et SEM à côté des services traditionnels en favorisant des méthodologies innovantes et rapides,
=> de développer de nouveaux domaines de services que sont l'agilité, le new IT, le cloud et le mock up. Pour cela, il ne suffit pas de rebaptiser des hordes d'intégrateurs en consultants numériques, il faut changer ! Au même titre que les DSI internes devront changer.
=> de se concentrer sur l'innovation, le changement et l'attractivité du sens des missions. Il ne s'agit plus seulement d'implémenter des solutions standards.
=> d'aller vers le risque plutôt que sur le chemin habituel inverse. C'est grâce au risque que l'on créera de la valeur ! Et pour les sociétés de conseil aussi.
Ainsi, la menace d'un airbnb des cerveaux, dans une tendance low cost d'ailleurs aussi, me semble un peu exagérée, à la limite du caricatural. Je me demande même si ce n'est pas le phénomène inverse qui se produit, celui des prémices d'une fin de l'expertise à tout va où tout le monde se prétend expert de quelque chose et qui réclame plutôt maintenant de la distance face à l'expertise. En fait, tout va si vite et est si entrelacé que l'on est expert uniquement de trucs périmés. Les experts de la pétrolette ne sortent plus du bois d'ailleurs, car ils sont bien les premiers précieux ridicules de cette tendance.
Ils lancent si bien le débat qu'il faut tout d'abord bien écouter cette conférence brillante.
Il est aussi nécessaire de s'imprégner de ce storify fort documenté !
Je me suis fait comme d'habitude piéger en achetant deux des livres cités en espérant trouver le temps à leur nécessaire lecture.
Merci à leurs auteurs et conférenciers !
Rentrons maintenant dans l'analyse du propos.
La thèse est ici grosso modo qu'à l'instar de nombreux autres secteurs dont celui en premier lieu des produits culturels et des médias, mais aussi du luxe, du tourisme et bien d'autres encore, le métier de consultant serait aussi en phase de disruption en quelque sorte de crise de tranformation due en partie aux progrès des technologies numériques.
En d'autres termes, si l'intelligence et l'information tendent à devenir une commodité - d'une part, car il y a de plus en plus de gens éduqués sur terre et d'autre part parce que nous avons Google - il existe une profession qui pense encore que ces deux ressources fondamentales sont rares : les consultants ! Autrefois, voie royale de l'ascension sociale, elle est aujourd'hui cible de toutes les moqueries : qui n'a jamais ri à une blague sur le consultant et ses PowerPoint ? De nombreuses startups attaquent cette opportunité de marché en réduisant le prix du consulting, en transformant ses modes de distribution, en spécialisant et en supprimant les intermédiaires, le consulting est à l'aube d'une transformation majeure dont on voit les prémices en Europe.
Les arguments où il y forcément consensus sont ceux habituels :
=> des progrès exponentiels de la loi de Gordon Moore qui met sous tension tellement de métiers aujourd'hui,
=> des évolutions réglementaires successives qui ont provoqué les transformations violentes et rapides de ces métiers,
=> du fait que les blagues sur les consultants sont toujours aussi poilantes ("Le jeu est le moyen le plus rapide pour se ruiner, les consultants c'est le moyen le plus sûr") comme celles sur les joueurs d'échecs ("Un journaliste interviewe Boris Spassky, fraîchement marié: -Vous préférez avoir une dame de plus sur l'échiquier ou au lit? -Ca dépend de la position...")
On pourrait dire que cette analyse est reproductible à l'infini pour nombre de métiers. Quitte à titiller son éléphantesque éminence, avec une référence échiquéenne encore agaçante, la messe était franchement dite depuis 1997.
Quand Deep Blue, programme conçu par IBM, vainquit Garry Kasparov en 1997, The Economist titra, prémonitoire : "Si votre métier ressemble à celui de joueur d'échecs, changez de métier !"
Le numérique est en train d'automatiser une nouvelle catégorie de tâches jusque-là épargnées: les activités impliquant une capacité à raisonner, à enchaîner une série d'actions logiques. Les formations modernes doivent se concentrer sur la part irréductiblement humaine des métiers.
A ce titre, on peut aussi déjà annoncer l'arrivée des barbares sur de nombreux métiers : les designers, les monteurs, les architectes, les médeçins......L'exercice est en fait assez facile car dû finalement à la grande tendance de l'automation qui va dégommer tellement de jobs.
Mais il y a aussi d'autre tendances qui ont joué et jouent encore sur le consulting et des aspects complémentaires qui pourraient donner un autre visage ou une autre prémonition aux phénomènes en cours.
Le premier est celui de la concentration massive de l'industrie du logiciel qui est devenue si peu créative. Le nombre de solutions progicielles à un domaine se réduit à peau de chagrin. Quand on compare les années 80, 90 à maintenant, c'est affolant. Tout se réduit à deux ou trois solutions possibles pour de nombreux domaines fonctionnels comme SAP, ORACLE, MICROSOFT ou INFOR ou ADOBE et point à la ligne. Le logiciel propriétaire, autre que tout le camp open, se réduit à des situations quasi monopolistiques ou oligopolistiques pour tellement de domaines. En fait, les grands prédateurs que sont ces sociétés de softwares rachètent vite des solutions pour les concentrer et les unifier. Le domaine le plus emblématique de cette tendance est la comptabilité. En dehors de SAP et d'ORACLE, point de salut.
Ceci a une conséquence sur une uniformisation des processus et une technicisation accrue de ces domaines autour des solutions en question. Les projets ERP ont été ainsi les vaches à lait des grandes années du consulting des années 90 et 2000 ! Quelle gabegie ! Tous les grands groupes, faute d'alternatives, se sont mis à implémenter ces solutions à l'aide d'équipes pléthoriques de consultants intégrateurs. L'industrie du logiciel professionnel a été en quelque sorte une grande alliée des sociétés de conseils. Cette tendance joue toujours en faveur du consulting traditionnel mais reste maintenant plus limitée car le bac à sables des implémentations s'est avec le temps appauvri. Il n'en reste pas moins qu'être un consultant SAP peut être maintenant un métier à vie et est un des rares jobs sur terre où l'on peut envisager l'avenir avec sérénité.
L'autre tendance lourde qui joue aussi est celle des principes de précaution et de l'aversion au risque. Son institutionnalisation dans la Constitution mais aussi son implémentation comme un principe de gouvernance et de comptabilisation ont créé un besoin d'expertise démoniaque. Ceci va de pair d'ailleurs aussi avec la surnormalisation de la société.
C'est pour cela en partie que nous avons besoin de tant d'experts aujourd'hui. Ainsi, à mon sens, mêmes les plateformes comme Clarity bénéficient de cette tendance de besoin d'avis d'experts. Le phénomène est tellement significatif qu'il oblige à tous à se présenter comme expert de plein de trucs ou d'éviter de se présenter comme expert de peur de ne plus pouvoir devenir cadre dirigeant.
Le phénomène s'amplifie car toutes les boites veulent des avis d'experts sur toutes les décisions pour se couvrir et éviter les risques d'erreurs. Une société veut installer un nouveau service logiciel comme Inbox, si facile et si pratique à mettre en place, et PAM, il leur faut un avis d'expert.
Mais ce développement de l'expertise à tout va n'est-il pas finalement un phénomène un peu ridicule ? L'exemple récent le plus frappant est le prix du pétrole.Aucun expert du monde n'a prévu cette chute du prix du pétrole et tous les experts ont prédit le contraire. Quelle rigolade quand on y pense ! Peut-on même être encore un expert de quelque chose tellement tout devient compliqué ?
On est entouré d'experts qui se trompent tout le temps.
La troisième tendance, proche de la première, est l'abrutisation du consulting et du cadre en général du fait de la powerpointisation de la pensée corporate. Pas la peine de développer, c'est déjà dans de nombreuses littératures. Une seule solution : développer les alternatives.
Mais tout ceci fait-il une disruption ?
Je pense plutôt que ce secteur va de nouveau connaître une adaptation rapide dans la douleur de ses méthodes et de ses services. Les moyens d'adaptation de ces cohortes de consultants pourraient être ainsi :
=> de faire appel à des expertises internes et externes et d'être capables de faire travailler des ressources plus seniors en collaboration avec leur staff internes. Donc plus d'appel à sous-traitances, plus de coopération et plus de diversifications des profils.
=> d'intégrer de nouveaux services de digital marketing, web SEO et SEM à côté des services traditionnels en favorisant des méthodologies innovantes et rapides,
=> de développer de nouveaux domaines de services que sont l'agilité, le new IT, le cloud et le mock up. Pour cela, il ne suffit pas de rebaptiser des hordes d'intégrateurs en consultants numériques, il faut changer ! Au même titre que les DSI internes devront changer.
=> de se concentrer sur l'innovation, le changement et l'attractivité du sens des missions. Il ne s'agit plus seulement d'implémenter des solutions standards.
=> d'aller vers le risque plutôt que sur le chemin habituel inverse. C'est grâce au risque que l'on créera de la valeur ! Et pour les sociétés de conseil aussi.
Ainsi, la menace d'un airbnb des cerveaux, dans une tendance low cost d'ailleurs aussi, me semble un peu exagérée, à la limite du caricatural. Je me demande même si ce n'est pas le phénomène inverse qui se produit, celui des prémices d'une fin de l'expertise à tout va où tout le monde se prétend expert de quelque chose et qui réclame plutôt maintenant de la distance face à l'expertise. En fait, tout va si vite et est si entrelacé que l'on est expert uniquement de trucs périmés. Les experts de la pétrolette ne sortent plus du bois d'ailleurs, car ils sont bien les premiers précieux ridicules de cette tendance.
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