jeudi 19 février 2015

La France cale en numérique

Pour en avoir souvent parlé avec mon ami Nicolas, il y a souvent en France une trop grande confusion entre transformation numérique et projet d'informatisation. La confusion est grave puisqu'elle amène à penser chez certains de nos dirigeants, dans le secteur public comme privé, que nous sommes en cours de transition alors que nous ne sommes qu'en train de dérouler de purs projets informatiques traditionnels, tout à fait respectables par ailleurs, mais qui ne sont juste que des projets informatiques.


Cette étude récente est ainsi assez inquiétante. Une université a conçu un indice digital fondé sur des critères d'offre, de demande, d'infrastructure et d'innovation qui range la France dans la catégorie des pays qui calent, c'est à dire des pays qui ont obtenu déjà un bon score mais ne progressent plus rapidement. Tout le monde a engagé son voyage numérique mais les vitesses sont bien différentes. Les modèles de Singapour, Hong Kong, Israël et d'Estonie sont gagnants, il serait d'ailleurs intéressant de rapprocher les résultats de cet indice avec ceux du PISA.

En quoi consiste donc une transformation numérique ? En quoi diffère-t-elle d'une informatisation ?

Une transformation numérique est d'abord une mutation des relations entre une entreprise, organisation et ses clients, usagers. C'est en général dans le sens d'un rapprochement très fort, par la proximité que permettent les nouveaux usages numériques (Réseaux Sociaux, CRM). L'interface utilisateur, tout du moins sa qualité, est ainsi absolument critique. La relation avec l'individu doit être aisée et extrêmement fluide. C'est aussi valable pour les relations avec des collaborateurs. Un projet informatique peut lui inclure une dimension ergonomique qui n'est pas forcément obligatoire.

Une transformation numérique est aussi fondée sur un usage agile et rapide et une intégration des dernières poussées technologiques (Nodes JS, Meteor, Mongodb,...). Elle va au plus vite, au plus puissant et au plus récent. En revanche, un projet informatique ne va pas se baser forcément sur ce qu'il y a de plus récent mais sur ce qu'il peut y avoir de plus fiable ou de plus sûr. La Transfonum va directement sur des solutions type Cloud, standardisées, sans hésiter sur de l'open source et en privilégiant l'usage. 

La transformation numérique est dans un mode très collaboratif où l'on recherche les expertises internes ou externes le plus efficacement possible. On se met à plusieurs pour régler un problème vite et de manière agile, grands et petits, et en travaillant bien sûr en coopération. Un projet informatique reste un projet, parfois sous-traité, avec des collaborations entre utilisateurs et des développeurs mais selon des méthodologies normées et anciennes. 

Une transformation numérique inclut mécaniquement une refonte de processus. Ce qui n'est pas forcément le cas d'un projet IT, qui peut allègrement reproduire un existant même dans ses dysfonctionnements les plus évidents...

La confusion est fréquente ! Le Digital Washing est en cours (Je revendique l'invention du concept par homothétie avec le Green Washing), ce qui est encore plus inquiétant. Car la tentation de ranger de purs projets IT ou Web en soi disant projets numériques est une tendance du moment notamment en raison des agences de communication car il faut s'agiter. Mais si le Digital Washing est en cours, vu les projets, cela risque de se transformer vite en Digital Bashing pour la France.

Bon titre d'un prochain Post : Evitons le Digital Washing pour éviter le Digital Bashing !

5 commentaires:

  1. On est d'accord sauf sur des bricoles. Par exemple, mon aimable employeur est la plus grosse boite de France. On a donc largement plus les moyens que les autres d'héberger nos solutions (et on le fait mieux que les autres et à un moindre coût). On pourrait d'ailleurs se poser en tant que concurrents des hébergeurs connus, on le fait mieux qu'eux. De la disponibilité à 100%, je ne connais pas ailleurs (c'est ce qu'on fait réellement depuis huit ans sans activer les systèmes de secours)..

    Par contre, on a un problème culturel, on refuse de se positionner comme hébergeur sur le marché. On se contente de faire le job, avoir nos bécanes qui tournent, quoi ! Du coup, on n'arrive pas à faire la relation entre l'informatisation et la numérisation.

    Il reste quelques lascars comme moi qui nous battons pour "l'urbanisation du SI" et les types qui se battent pour faire entrer le progrès dans ce qui existe. Pour moi, c'est bien un combat au quotidien.

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    1. Tu as 100 % raison. C'est ce qu'a fait Amazon web services. Vendre en B2B vers l'extérieur leur propre infrastructure.

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  2. J'aime bien l'informatique parce que c'est un domaine où j'entrave que dalle. Je comprends les mots, séparément, et même regroupés en phrase.

    Mais c'est le sens des phrases qui m'échappe.

    Tenez par exemple: "une transformation numérique inclut mécaniquement une refonte de processus".

    Si ça correspond à ce que je comprends, alors pas étonnant qu'une structure freine des quatre fers.

    Si la transformation numérique se définit comme un ensemble de mutations comprenant notamment la refonte des processus, c'est comme si on demandait à une cellule d'un organisme non seulement d'évoluer, mais en plus de modifier son ADN.

    Heureusement que je comprends les trucs de travers.

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    1. Non, tu comprends très bien.

      Par exemple, quand on est passé à la carte Vitale, on a supprimé les feuilles de soins. Donc les opérateurs de saisie dans les caisses de Sécurité Sociale. Forcément, cela ronchonne : les gens doivent changer de métier et on n'embauche plus de petits jeunes pour remplacer les départs en retraite.

      Il y a des guignols qui disent que l'informatique génère de l'emploi : c'est évidemment faux (et je suis informaticien), le but de l'informatique étant d'automatiser les processus pour que ça coûte moins cher. Tu remplaces une caissière de supermarché par une caisse automatique, ça supprime forcément des postes (ça en créée pour la production des nouvelles caisses, leur maintenance,... mais pas autant que cela en détruit).

      Il n'empêche que les entreprises n'ont pas le choix : elle doivent diminuer leurs coûts pour être concurrentielles (ne répétez pas ça à mes copains gauchistes, hein !). Et que cela contribue au progrès social (ce n'est pas un métier facile qui est supprimé).

      Et dans mon propre domaine, je fais une transformation numérique qui va générer une refonte des processus (et vice versa, c'est la refonte des processus qui implique la transformation numérique) et le résultat sera le même : plus de part de marché avec moins de personnel.

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